ADAF asbl

Communiqué N°46

16/10/2009 15:55

Un « scoop » qui tombe a pic

La Libre Belgique a publié ce 15 octobre un article dévoilant « une autre version du Fortisgate », dont la version Internet se trouve sur http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/536005/exclusif-voici-le-nouveau-scenario-du-fortisgate.html. L’article étant censé avoir été écrit grâce à une fuite des enquêteurs en charge de cette affaire.

Au-delà du sensationnalisme de l’annonce, on peut réellement s’interroger sur le bien fondé de celui-ci. Il nous semble que ces informations aient été lachées en pâture au grand public en  oubliant d’aborder les choses avec un regard objectif.

Une des premières informations révélées concerne la composition du siège qui avait à juger l’affaire Fortis en degré d’appel en décembre 2008. Selon la Libre Belgique, cette dernière n’était pas celle prévue à l’origine. On nous raconte qu’un conseiller dit indépendant, Koen Moens, aurait été écarté au profit d’une conseillère étiquetée PS, Mireille Salmon. Le journaliste qui a rédigé cet article laisse ensuite sous-entendre que c’était un choix délibéré du premier président Delvoie qui aurait agi dans un but déterminé.

Ni le rédacteur de l’article ni aucun des journalistes qui ont repris cette information n’ont eu la curiosité de vérifier les liens qui unissaient le conseiller écarté, Koen Moens, et le président de ce siège, Paul Blondeel. Une rapide recherche les aurait pourtant amené à découvrir que ces deux magistrats siègent à L'INSTITUT DES RÉVISEURS D’ENTREPRISES. On peut très légitimement penser que leur chef de corps,  le premier président Delvoie, aura évité de les mettre ensemble pour juger cette affaire. S’il ne l’avait pas fait, on lui aurait certainement reproché d'avoir nommé, pour un dossier si sensible, deux magistrats ayant ce lien connu.

On nous dit ensuite que ce fameux premier président Delvoie est l’ex-beau-frère de Patrick Dewael et qu’il serait également une connaissance de Karel De Gucht ; ces derniers étant présentés comme « férocement opposés à la vente de Fortis à BNP ».

Bien que Karel De Gucht se soit timidement exprimé à ce propos à la TV flamande après la vente,  ces deux messieurs restent néanmoins membres de l’OpenVLD qui, rappelons-le, est un parti de la coalition gouvernementale qui a donc soutenu cette vente. Cette proximité dénoncée du premier président Delvoie avec ces membres du parti libéral flamand  rentre, qui plus est, en contradiction avec le fait qu’on lui reproche d’avoir nommé une juge considérée comme proche du parti socialiste francophone !

On reproche ensuite à cette juge étiquetée socialiste d’avoir eu des contacts avec un banquier d’affaire qu’elle a rencontré au sein d’une association pacifiste dont ils sont tous deux membres depuis des années. Cet homme, Lionel Perl, est en outre présenté comme un candidat administrateur proche des cabinets Deminor et Modrikamen.

S’il est vrai que Lionel Perl a été présenté par Deminor et VEB comme candidat administrateur et qu’il a été élu avec le soutien de Mischael Modrikamen, l’auteur de l’article a négligé le calendrier des événements. En effet, après le prononcé du fameux arrêt de la Cour d’Appel, Fortis a organisé plusieurs assemblées générales qui avaient toutes à se prononcer sur des nominations d’administrateurs. Ce fut le cas le 19 décembre, le 11 février (où Deminor a présenté des candidats dont ne faisait pas partie Lionel Perl), le 13 février, le 8 avril (première assemblée où Lionel Perl fut candidat administrateur), le 9 avril et enfin les 28 et 29 avril où il fut élu. A la vue de ce calendrier, il est très léger de suggérer que Lionel Perl se voyait, grâce à Deminor,  administrateur de Fortis dés début décembre 2008 !

On lui reproche également, sans bien sûr préciser le moment, d’avoir échangé des mails avec Deminor et Modrikamen à propos de l’arrêt de la Cour d’Appel et à propos d’un plan de viabilité pour Fortis sans BNP Paribas. Lui reprocher cela, c’est d’une part oublier qu’il n’est certainement pas le seul à avoir commenté cette décision qui a été largement diffusée dans la presse, et d’autre part c’est oublier que ce fameux plan a été présenté publiquement par Deminor et Modrikamen sous l’appellation « stand-alone ».

Toujours est-il que notre homme est désigné comme étant « l’"interface" entre la magistrature chargée de statuer sur le dossier Fortis et les défenseurs des "petits actionnaires" Modrikamen et Deminor. ».  Selon notre journaliste-enquêteur,  vu que ces deux personnes  se connaissent depuis longtemps et qu’ils se sont téléphoné à plusieurs reprises, c’était nécessairement pour comploter afin d’en faire profiter des associations de défense avec qui l’un des deux allait bientôt rentrer en contact. Au passage, notre enquêteur oublie que l’association Deminor n’était pas partie demanderesse dans cette  procédure en appel.

Les cas de la juge Salmon, du cabinet Deminor, de l’avocat Modrikamen et de l’administrateur Perl étant traité, l’article dénonce ensuite l’attitude du président Paul Blondeel. Ce dernier est accusé d’avoir eu des contacts téléphoniques avec le chef de file des socialistes flamands présentés également pour l’occasion comme étant des adversaires de la vente à BNP Paribas. Le journaliste oublie cependant de préciser que ces coups de fils ont eu lieu APRES le prononcé de l’arrêt.

En plein procès Fortis, ce « scoop » journalistique tombe en tout cas a pic pour certaines personnalités du monde politique et judiciaire.

 



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