ADAF asbl

Communiqué N°30

04/02/2009 20:00

Dans le brouillard

Suite aux dernières négociations nocturnes (une véritable spécialité belge) menées entre le gouvernement, BNP PARIBAS et le conseil d’administration provisoire de FORTIS holding, force est de constater que les principaux intéressés, les actionnaires, ont, à nouveau, été écartés des discussions puisqu’ils ne furent ni conviés ni même consultés.

Les seules personnes « défendant » l’intérêt de ces derniers étant Messieurs Hessels et De Boeck, les mêmes qui approuvèrent le scandaleux dépeçage de FORTIS en octobre.

Il est évident que Monsieur Hessels, évincé le 2 décembre 2008, et Monsieur De Boeck, l’homme qui a perdu 300.000.000 d’euros en dix jours, n’étaient pas les mieux placés pour négocier au nom de FORTIS holding.

Même si la « certitude » de Monsieur De Boeck affichée à l’issue des tractations, quant à l’accord de Ping An sur celles-ci, prête aujourd’hui à sourire, la déclaration d’autosatisfaction de ces Messieurs sur le « très bon résultat » obtenu nous laisse un goût particulièrement amer dans la bouche.

Tout comme ce rapport des experts qui tombait, comme par un bien heureux hasard, quelques jours seulement avant la date limite d’inscription aux futures assemblées générales extraordinaires. On aurait voulu rendre des renégociations difficiles ou impossibles que l’on ne s’y serait pas pris autrement…

Il semble d’ailleurs que la capacité des experts belges à travailler rapidement soit à géométrie très variable. Suivant que cela serve ou desserve l’intérêt du gouvernement.

Bien que truffé de contradictions et d’inexactitudes, le rapport des experts donne un étonnant satisfecit au gouvernement Leterme et à BNP PARIBAS sur la manière dont ils se sont comportés lors des opérations des 3, 5 et 6 octobre 2008.

Ce qui est sûr, c’est que, loin de clarifier la situation, les dernières décisions prises par le gouvernement rendent la situation plus confuse que jamais. Peu de gens sont à ce jour capable d’y voir clair et de donner une estimation fiable sur la valeur de FORTIS holding. Les plus optimistes l’évaluent à moins de 3 euros…

Mais n’était-ce pas là le véritable but recherché ? Créer un peu plus de confusion chez les actionnaires et atteindre le but fixé en appliquant un adage vieux comme le monde : diviser pour mieux régner.

Cet accord bis fait en tout cas au moins un heureux, le même qu’en octobre : BNP PARIBAS.

D’un point de vue politique et économique, nos gouvernants commettent une grave erreur en acceptant de laisser partir définitivement le centre décisionnel de la banque FORTIS à Paris. Ils fuient leurs responsabilités et auront à répondre de l’inévitable bain de sang social que ces opérations provoqueront à court et à moyen terme (plus de 750.000.000 d’euros déjà provisionnés par BNP PARIBAS dans cette optique).

Mais le pire est que le gouvernement n’en finit pas de répéter les mêmes erreurs en méprisant  les petits actionnaires alors qu’il fait la cour aux chinois, aux russes et aux institutionnels. Messieurs Van Rompuy et Reynders nous expliquant, sans rire, qu’ils ne veulent pas discuter avec Ping An ou avec tout autre actionnaire afin de ne discriminer personne, alors qu’ils admettent négocier directement avec le gouvernement chinois, lui même actionnaire de Ping An…

Nous ne pouvons que répéter aujourd’hui plus que jamais que nos dirigeants politiques ont manqué de compétence, de lucidité, de transparence, d’équité et d’ambition dans toute la gestion du dossier FORTIS et nous sommes convaincus que ce n’est pas un hasard si la commission d’enquête est aujourd'hui morte-née.

Nous continuons également de penser que BNP PARIBAS s’est comporté et continuera de se comporter en prédateur et que cette banque (qui n’en est pas à son coup d’essai dans ce genre de dossier ainsi qu’en atteste ses soucis au Japon où elle risque une amende de 8.000.000 d’euros pour des faits similaires), enfermée comme tant d’autres dans une logique de profit maximum, n’aura aucun état d’âme quand il s’agira de sabrer dans l’emploi de ses succursales belges. Ce n’est pas avec les quelques pourcents qu’il leur restera que l’état belge pourra infléchir les décisions des hommes de Sarkozy. Michel Pébereau, le véritable patron de BNP PARIBAS, faisant partie du cercle très fermé des conseillers personnels de l’omniprésident français. Le personnel de FORTIS devrait méditer longuement sur le sujet.

Rappelons enfin que Christian Hérin, notre porte-parole, a introduit il y a 3 mois une procédure en annulation au Conseil d’Etat ainsi qu’une plainte pénale, actuellement à l’instruction, pour escroquerie et abus de faiblesse d’un tiers, contre BNP PARIBAS.

L’ADAF continue quotidiennement son travail de défense des actionnaires de FORTIS. Elle a rencontré ces derniers jours plusieurs hommes politiques et différents candidats aux postes d’administrateurs dans FORTIS holding. Elle a également participé à différentes réunions avec les autres associations.

Notre équipe va, dans les prochains jours, continuer d’interpeller les politiques et rencontrer les autres candidats administrateurs pour connaître leurs positions. L’ADAF publiera sur ce site, le lundi 9 février, les réponses que l’ensemble des candidats administrateurs de FORTIS nous aura données.

Dans l’état actuel des choses et sous réserve d’éléments nouveaux, notre position est clairement de voter contre l’ensemble des opérations d’octobre 2008.

Et ce n’est pas le honteux chantage tenté en dernière minute par nos propres (?) administrateurs qui nous fera changer d’avis.



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