ADAF asbl

Communiqué N°12

20/11/2008 10:30

Déboutés, dégoûtés, mais déterminés

Comment cacher sa déception devant l'issue de ce qui aurait pu, de ce qui aurait dû être un grand moment de démocratie ? S'inscrivant dans une parfaite logique de décisions « à la belge », Madame De Tandt n'a visiblement pas souhaité terminer sa longue carrière sur un coup d'éclat. Elle n'avait pas envie, expliqua-t-elle, de prendre la responsabilité de mettre en danger l'emploi de 25.000 personnes. Quant aux 500.000 actionnaires prétendument (c'est son expression exacte !) appauvris, s'ils ont perdu quelque chose, cela ne peut être qu'un problème financier donc réparable. Pour les effets collatéraux, on verra plus tard...

Sujet quasi tabou, mais au diable les interdits, la position des employés de FORTIS est à tout le moins surprenante. Tout d'abord, comme déjà évoqué dans un autre communiqué, il faut bien mal connaître le monde bancaire français et en particulier la stratégie de rendement optimalisé pratiquée par BNP PARIBAS depuis de longues années pour espérer que nos amis parisiens préserverons l'intégralité de l'emploi. Le mariage, si mariage il y a, se fera dans la douleur et une fois passée la nuit de noces, le retour à la réalité risque d'être fort douloureux pour les utopistes. Mais au-delà de ce scénario, comment ne pas s'étonner de la prise de position immédiate de la SETCa et d'un grand nombre d'employés de FORTIS ne dissimulant pas leur joie en apprenant le jugement rendu par la Présidente du Tribunal de Commerce de Bruxelles ? N'aurait-il pas été normal qu'ils soutiennent eux aussi l'action des investisseurs floués qui sont pour la grande majorité d'entre eux également leurs clients ? A tout le moins, n'auraient-ils pas pu montrer un peu de compassion voire de compréhension envers un demi-million de personnes qui venaient d'être victimes d'un hold-up ? Ils auraient pu jouer un rôle important et constructif dans les procédures actuelles. Beaucoup d'actionnaires ont le sentiment d'avoir été abandonnés par une partie du personnel. Leur extrême prudence laissent en tout cas un arrière gout amer pour beaucoup d'entre nous.

Un autre problème important, c'est bien évidemment la « discrétion », c'est un euphémisme, dont font preuve les actionnaires floués dans l'affaire FORTIS. Cinq cent mille personnes, cela ne devrait quand de même pas passé inaperçu. Et pourtant, force est de constater que s'ils étaient près de mille clients KAUPHTING (dont beaucoup de Flamands) dans les rues pour manifester leur mécontentement, il n'y avait guère, mardi dernier, plus de cinquante actionnaires dans la salle pour le prononcé d'un jugement importantissime.

Lors des plaidoiries, les avocats des parties adverses ne se sont d'ailleurs pas privés d'utiliser cet argument à de multiples reprises en faisant expressément référence au nombre dérisoire d'actionnaires présents dans la salle.

La question est importante parce que l'absence de capacité de mobilisation dans un dossier aussi grave est perçue par beaucoup comme un aveu d'impuissance.

Cette difficulté à mobiliser les troupes est évidemment très inquiétante dans l'optique des assemblées générales extraordinaires des 1er et 2 décembre 2008.

Et le jugement qui vient d'être rendu risque de ne rien arranger en décourageant encore un peu plus ceux qui hésitent à se rendre à ces assemblées.

Comment dès lors expliquer pareille désaffection ?

Premièrement par notre mentalité. Il faut bien admettre que nous avons en Belgique une certaine propension à être fatalistes et passifs face aux évènements. Comment pourrait-on s'en étonner vu le surréalisme permanent des conflits communautaires, des scandales financiers ou autres qui touchent régulièrement notre pays ? Il y a bien souvent un sentiment d'impuissance face à l'injustice et à l'incompétence latente.

Deuxième raison évidente pour expliquer la difficulté de faire bouger plus d'actionnaires, c'est la politique de mépris, de menaces et de culpabilisation développée à outrance par certains hommes politiques. Les mêmes qui nous ont poussés à investir et à soutenir les entreprises belges.

Troisième raison et non la moindre, la complexité du dossier alimentée par le manque permanent d'informations claires et objectives. Pendant que BNP PARIBAS inonde la presse nationale de publicités angéliques, les actionnaires de FORTIS en sont réduits à s'informer sur le site internet du groupe. Une grande majorité ne comprend rien aux obligations de blocages de titres, pas plus qu'aux documents qui doivent parvenir pour le mardi 28 novembre au siège de la société. Cette complexité des actes à poser et le manque d'information découragent évidemment bon nombre d'actionnaires. Mais il y a pire : nous avons testé trois agences FORTIS. Une des trois agences a pu nous fournir des informations plus ou moins claires (après dix minutes d'attente et deux coups de téléphone) sur les démarches que devait entreprendre un actionnaire qui souhaite assister et voter à la prochaine assemblée générale extraordinaire. La deuxième agence nous a affirmé qu'il suffisait de se présenter le jour de l'assemblée sans autres formalités préalables ! La troisième ignorait qu'il fallait rentrer une attestation de présence ou de procuration ! Effarant. Dans le meilleur des cas, il s’agit d’incompétence...

Cela dit, les petits actionnaires ont perdu une bataille mais pas la guerre et certains aspects du jugement relatifs à la désignation d’experts sont positifs.

Au delà de toutes ces considérations, il faut maintenant se mobiliser et il est plus que jamais indispensable d’inviter tous les actionnaires de FORTIS à nous rejoindre au sein de notre asbl.

Si nous sommes suffisamment nombreux, nous pourrons infléchir les décisions qui nous ont été jusqu’à présent défavorables.



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